Je ne suis pas encore convaincu que les cryptos soient pérennes ... par rapport au concept énergivore du mining qui va à l'encontre du concept d'une monnaie souple et simple, et d'une société frugale au sens de Pierre Rabbhi.


Trois remarques, vis à vis de cette problématique :

  • La première, et certainement la plus fondamentale, c'est qu'il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de protéger de la valeur sans y consacrer de l'énergie. La protection de toute forme de valeur implique nécessairement une contre-partie physique, et à titre personnel je serai plutôt suspicieux vis à vis des modèles qui prétendraient le contraire, ceux sont probablement eux les moins pérennes. La production d'une boite en carton recyclée est moins énergivore que la confection d'un coffre fort en acier trempée, c'est certain, mais en même temps ces deux boîtes ne protègeront pas des millions d'euros ou des bijoux de famille de la même façon. Cette problématique vaut évidemment pour le stockage, mais aussi pour les transferts de valeur : les agents de la brink's ne se déplacent pas en vélo, pourtant dans l'absolu ce serait mieux pour la planète, mais probablement pas pour leur sécurité personnelle, ni pour celle des fonds qu'ils transportent. L'idée importante derrière ces exemples, c'est qu'il faut bien avoir conscience que protéger de la valeur dans le temps et dans l'espace est fonction de l'énergie qu'on consacre à la mission. Et en pratique, plus les montants en jeux sont importants, plus l'exigence de sécurité est importante, et plus l'énergie nécessaire pour stocker ou transférer ces montants de façon sécurisée sera également importante... Tout ça pour dire que baisser la consommation énergétique d'un système d'échange et de stockage de valeur n'est pas simple, cela peut avoir un coût funeste : celui d'amoindrir la sécurité de l'ensemble. Il ne faut pas l'oublier. Alors oui le réseau Bitcoin consomme de l'énergie, mais en même temps c'est un système ouvert à tous qui permet à des millions de personnes dans le monde de stocker des dizaines de milliards d'euros (comptabilisés en bitcoins) et d'échanger des centaines de millions de dollars tous les jours, 24h/24, 7j/7 cela de façon extrêmement sécurisée, et sans jamais passer par une banque ni un quelconque intermédiaire financier. Cela a forcément un coût.
  • L'autre aspect, c'est que ce coût énergétique de Bitcoin est souvent pointé du doigt parce qu'il est facile à déterminer. C'est un coût apparent, mais pas forcément extravagant. La consommation électrique de l'ensemble des mineurs qui sécurisent la blockchain de Bitcoin peut facilement s'extrapoler en fonction de la puissance de calcul qu'allouent les mineurs au réseau Bitcoin, donnée qui est publique. En comparaison, déterminer la consommation électrique totale du secteur bancaire à l'échelle mondiale relève de la gageure : il existent des milliers de banques dans le monde, des centaines de millier d'agences, combien coûte le chauffage des bâtiments ? Combien consomment d'essence les fourgons blindés acheminant les billets ? Combien dépensent d'essence les employés pour rejoindre ces agences tous les jours ? etc. Cette consommation énergétique du secteur financier traditionnel est probablement colossale, mais comme on ne la connait pas, on ne la voit pas.
  • Enfin, ne soyons pas fataliste, la preuve de travail, l'algorithme de consensus qui permet à Bitcoin de fonctionner est en concurrence avec tous les autres algorithmes qu'inventent les nombreux développeurs de l'écosystème des monnaies pair à pair. La preuve de travail a fait ses preuves et en l'état actuel des connaissances c'est la plus sûre, mais si à l'avenir des algorithmes plus efficaces sont inventés et éprouvés avec succès (on peut penser à la preuve d'enjeu, proof of stakes, peut-être) ils ne manqueront pas d'être adoptés. C'est toute la magie de l'open-source et des monnaies décentralisées !